Pour le roman “Les ensorcelées de Ryssel” :
1. Quelles sources avez-vous utilisées pour vous documenter sur la
période de 1612 ?
Pour me documenter sur la période de 1612, j’ai utilisé principalement deux sources. D’abord, un livre d’époque des exorcistes, dont la couverture est au début de l’ouvrage, qui compile les minutes du procès de jeunes religieuses accusées de sorcellerie. Ce procès retentissant à l’époque présente des accusations choquantes que j’ai dû édulcorer et réinterpréter. Ensuite, mes connaissances historiques approfondies, acquises en écrivant un roman intitulé « Le Nichôt » se déroulant à cette époque, m’ont également été très utiles.
2. Quels défis avez-vous rencontrés pour rendre l’atmosphère et les détails de l’époque aussi authentiques que possible ?
Je ne cherche jamais dans mes romans une authenticité qui peut parfois compliquer et alourdir un récit mais préfère pour mieux [leur] servir une atmosphère qui trempe le lecteur dans l’ambiance recherchée. C’est pour cela que je ne prends jamais de photos des lieux lors des repérages et que je ne fais de descriptions que par le prisme du souvenir et de mon imagination.
3. Y a-t-il des personnages historiques réels qui apparaissent dans votre roman, et si oui, comment les avez-vous représentés ?
Marie de Sains et Simone Dourlet, les accusées principales ont existées. Les exorcistes, les accusateurs religieux et tous ceux de la magistrature de l’époque sont également réel. Bien que je change les noms parfois.
Mes personnages m’apparaissent comme ils me viennent lorsque l’histoire les rencontre. Baldus et Massimo sont fictifs. J’aime alors les voir en imagination comme des acteurs pour leur donner un caractère. Par exemple Baldus, c’est Depardieux et Massimo : Lorant Deutsch…
4. Quels aspects de la vie quotidienne au début du XVIIe siècle, avez-vous trouvé les plus intéressants à explorer dans votre récit ?
La vie quotidienne que je décris me vient principalement de mes connaissances acquises lors de mes précédents romans. Elles me viennent aussi du « milieu » où je suis né, le monde ouvrier. Il faut savoir que je n’ai fait d’études que celles de la vie et ça aide un romancier. J’ai travaillé plus de 10 ans dans une usine archaïque qui brûlait des ordures ménagères et c’était ma foi une bibliothèque sans cesse renouvelée qui était déversée à mes pieds. Lors de mes longs postes de veille nocturne, entre la chasse aux rats et dans un bruit infernal, j’y ai découvert tous les grands auteurs, mais j’ai aussi dévoré pêle-mêle tout ce qui me tombait sous la main.
Je ne cherche qu’à retranscrire que ce qui vient sous la mine de mon crayon. J’écris toujours à l’ancienne le premier jet.
5. Comment avez-vous intégré les éléments de la culture, de la politique et de la société de l’époque dans votre histoire ?
Le travail basique du romancier historique est d’intégrer sa petite histoire dans la grande histoire. L’univers médiéval et l’époque des lumières m’ont toujours fasciné. J’y trouve de l’exotisme.
Il faut savoir que ne commence jamais un roman en me mettant devant une page blanche parce que j’écris plusieurs histoires en même temps pour varier les plaisirs. En fait, j’ai plusieurs valises qui sont comme autant de péniches qui se remplissent au fil de l’eau et qui cheminent jusqu’à destination. Je charge chacune de tout ce qui s’y rapporte, j’y place des descriptions, de la doc en vrac et avec tout ça le temps alimente mon imagination et cela me donne un terreau dans lequel germent mes personnages. Ils poussent, grandissent et soudain se trouvent à ma hauteur et je peux les regarder dans les yeux et les voir s’animer et dialoguer. Je les interpelle, ils me répondent : le roman est en marche. Je le concède, cela n’a rien à voir avec les cours d’écriture auxquels j’ai parfois assisté qui n’apprennent rien du processus créatif.

Pour le roman “Le Marais du Diable” :
1. Quelles ont été vos principales sources d’inspiration pour évoquer la période de 1420 dans votre roman ?
Je n’ai pas effectué de grandes recherches et j’ai simplement puisé dans mes connaissances qui me viennent de la curiosité pour l’histoire de ma région. Les lieux et les personnages me sont apparu et j’ai laissé filer.
2. Quels sont les principaux événements historiques de cette époque que vous avez choisi d’intégrer à votre histoire ?
Pour Le Marais du Diable, comme pour la plupart de mes romans, c’est la fin qui détermine le chemin. Je voulais évoquer une vieille légende, « la dernière chevauchée de la mesnie d’Hellequin » une chasse fantastique qui finit par s’engloutir dans les profondeurs marécageuses.
3. Comment avez-vous effectué des recherches sur la vie quotidienne, les coutumes et les croyances de cette époque pour rendre votre récit aussi authentique que possible ?
J’ai exploité le travail fait pour un roman précédent : » Paris ! »Paris ! A toi seul, je dis Merci ! » qui se passe à la même époque. J’y ai simplement transposé un nouveau personnage dans une région de Flandre que je connais bien et J’ai transcendé l’atmosphère du marais qui foisonne de vie secrète.
4. Quelles étaient les plus grandes difficultés à représenter une période historique aussi lointaine dans votre roman ?
Les plus grandes difficultés à représenter une période historique aussi lointaine dans mon roman étaient nombreuses. Mon but était d’informer les gens du Nord sur la richesse de leur histoire, souvent réduite aux clichés des frites, des moules et des mines. En tant que petit-fils de mineur, je voulais montrer que cette région, laminée par les guerres, était autrefois l’une des plus prospères de France et d’Europe. À l’époque, la Flandre, le nord de la France, ainsi que l’actuelle Belgique et Hollande, étaient sous l’autorité des ducs de Bourgogne, qui parlaient français et flamand. Cette région, la plus riche d’Occident, a même inventé le capitalisme. J’ai aussi souhaité évoquer la lutte fratricide entre Bourguignons et Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans, un conflit qui a vu Jeanne d’Arc capturée par les Bourguignons et livrée aux Anglais.
5. Y a-t-il des aspects de la vie médiévale que vous avez découverts pendant vos recherches et que vous avez trouvés particulièrement
fascinants ou surprenants ?
Je peux facilement m’imaginer vivre à cette époque. Je suis un boomer de 74 ans qui a été élevé dans les années 50 par une arrière-grand-mère née en 1876. Elle me racontait des histoires de son grand-père qui vivait sous Napoléon premier. Imaginez le pont des générations ? J’ai dans mon langage des expressions qui datent de ce temps-là que j’exploite dans mes romans.
6. Comment avez-vous abordé la création de Gaston pour qu’il semble à la fois authentique pour l’époque et accessible aux lecteurs modernes ?
Le personnage de Gaston le Morgueux m’est apparu en découvrant que les grands peintres de la peinture flamande de l’époque comme Van Eck travaillaient pour la maison de Bourgogne. J’ai aussi découvert que dans leur fonction, ils avaient à charge de faire le portrait d’une promise ou d’un défunt pour en exporter l’image. Ces peintres, qui voyageaient beaucoup et côtoyaient les grands de ce monde, étaient souvent des agents de renseignements en mission. Il entrait dans la fonction de certains de faire des portraits à la sauvette en quelques coups de crayon, comme peu en faire un photographe pour aider la Police.

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