Écrivain contemporain originaire du Nord de la France, G. Demarcq-Morin possède un parcours littéraire riche et éclectique, mêlant romans, ouvrages historiques et bandes dessinées.
Révélé dans les années 1990 par Jean Callens, alors directeur du Furet du Nord, il s’impose rapidement avec des œuvres marquantes comme Le Nichôt ou encore Le Grand Débord, récompensé par le prix Renaissance en 1992. En 2026, il reçoit le prix des Hauts-de-France pour l’ensemble de son œuvre.
À travers cet entretien, il revient sur son parcours, ses inspirations et sa vision de l’écriture.

Comment avez-vous découvert votre passion pour la littérature et l’écriture ?
Quand j’étais enfant, j’avais une grand-mère conteuse, qui racontait énormément d’histoires. Et puis, les aléas de la vie ont fait qu’un jour, pour gagner ma vie, j’ai travaillé dans une usine d’incinération, où je brûlais des ordures ménagères. Comme je n’avais pas fait d’études, ça me plaisait bien — ça peut paraître un peu simpliste, mais j’aimais vraiment ça.
Et dans ces ordures, il y avait parfois des collections entières de livres jetés. Alors j’ai commencé à lire énormément. Et c’est comme ça que la passion de la lecture, puis de l’écriture, m’est venue.
Quel est votre ressenti par rapport à votre victoire au prix de l’écrivain ?
Ce qui me fait très plaisir, c’est que c’est un prix remis pour l’ensemble de mon œuvre. Donc quelque part, à mon âge — qui est maintenant canonique, 75 ans — ça récompense toute une vie de travail et d’écriture.
Je suis donc très ému, parce que c’est vraiment une reconnaissance globale de tout ce que j’ai fait.
Quels auteurs vous ont inspiré dans votre parcours ?
Les premiers auteurs qui ont tout de suite “matché” avec moi, c’est Jean Giono, puis un Américain, John Steinbeck. Un peu plus tard, j’ai découvert les livres d’Amin Maalouf, et aussi ceux d’un auteur finlandais, Mika Waltari, qui a écrit Sinouhé l’Égyptien. Beaucoup de gens un peu âgés connaissent très bien ce livre, parce que ça a été un énorme succès, et il en existe même une adaptation au cinéma.
Leur manière de raconter, de narrer, me parlait beaucoup, et j’ai été influencé par eux.
Comment choisissez-vous les sujets ou les thèmes de vos livres ? Est-ce que vous vous inspirez de votre région ?
J’ai une façon d’écrire qui n’est certainement pas commune, parce que je peux écrire quatre ou cinq romans en même temps.
Je crée des personnages : pour moi, un personnage, c’est d’abord une petite graine que j’alimente avec mon imagination. Cette graine pousse, grandit, et à un moment donné, le personnage devient presque à ma taille : je peux le voir, je peux l’entendre. Et à ce moment-là, je le place dans un contexte historique qui me plaît, qui me passionne sur le moment, et je le fais démarrer.
Je suis ce que les jeunes appellent un “écrivain jardinier”. C’est-à-dire que même si je connais la fin, je ne sais pas comment j’y vais. Je ne bâtis jamais de plan, parce que je trouve ça réducteur. Les personnages arrivent sans qu’on les ait forcément appelés, et finissent parfois par prendre une place très importante, voire devenir les personnages principaux.
Comment voyez-vous l’évolution de votre écriture au fil des années ?
J’ai retrouvé mon premier roman chez ma mère, après son décès. Elle avait conservé le manuscrit, alors que je pensais qu’il était perdu.
En le relisant, plus de cinquante ans après, je me suis rendu compte que ça ressemblait un peu aux Valseuses. Ça n’avait rien à voir avec ce que j’ai écrit ensuite, mais j’avais 21 ans, et j’étais dans le “trip” des années 70.
Ensuite, j’ai évolué. Je n’ai jamais cherché à courir après un style particulier. Je crois que j’avais déjà le mien dès le départ — un style d’une personne qui n’a jamais fait d’études littéraires. Donc, quelque part, je ne savais pas que certaines choses ne se faisaient pas… alors je les faisais.
Et petit à petit, je me suis étoffé.























