Entretien exclusif avec Laurianna Ferra : Plongez dans l’histoire passionnante des Vikings.

À l’occasion de la sortie du roman Le Vent du Nord, Laurianna Ferra nous a fait l’honneur de répondre à quelques questions sur sa prochaine parution. Venez découvrir les coulisses du processus de création de l’ouvrage et les défis rencontrés lors de l’écriture du récit, tout en rencontrant Laurianna Ferra, une autrice fabuleuse et passionnée par l’époque médiévale et antique.

Laurianna Ferra interview le vent du nord

1.  Pourquoi avez-vous choisi de situer l’action précisément en 910,
et quel intérêt particulier avez-vous pour cette période historique ?

Durant mes études, j’ai développé une passion pour les Vikings grâce à un jeu vidéo. Si les Vikings ont toujours suscité de la fascination dans la littérature, le cinéma et l’art, je ne m’attendais pas du tout à tomber amoureuse de leur civilisation. Je trouvais le monde nordique très grossier, très animal. Pourtant, ce qui m’a frappé en jouant, ce sont les convictions presque humanistes qui émergeaient du mode de vie scandinave. Finalement, ce monde nordique n’était pas si simpliste. Il recelait autant de nuances, parfois même plus, que le monde grec.

2.  Qu’est-ce qui vous a inspiré à écrire ce roman ?

Comme dit plus haut, ce roman m’est venu d’un jeu vidéo. Une quête, plus précisément, où, notre personnage qui est un viking, doit aider une Franque de naissance à fuir son mari ealdorman. La Franque tisse alors des liens d’amitié avec notre personnage. Ce passage m’a fait demander ce qui se passerait si un drengr se retrouvait avec dans les pattes une nonne franque bien déterminée à lui faire passer un mauvais quart d’heure.

Le vent du nord - prières et cendres par Laurianna Ferra, roman historique d'aventure et de vengeance au moyen age

3.  Quelle a été la part de recherche historique nécessaire pour écrire ce roman ? Pouvez-vous nous parler des sources que vous avez consultées ?

Pour écrire ce roman, j’ai passé un temps non négligeable à croiser mes recherches sur quatre sujets principaux : la culture scandinave médiévale, la noblesse franque au Xème siècle, l’histoire de la médecine d’Hippocrate à William Harvey ainsi que celle de l’architecture des églises et autres bâtiments sains.

J’ai donc mêlé plusieurs types de sources : musées, livres, documentaires et sites web spécialisés. Parmi elles, l’exposition « Vikings : Dragons des mers du Nord » que j’ai eu la chance de découvrir au musée Pointe-à-Callière à Montréal a été ma boussole quant à la culture scandinave médiévale.

Mes recherches en médecine ont été soutenues par des ouvrages et des thèses sur des sujets précis, notamment sur l’histoire du pouls par exemple avec l’article « Du rythme dans le corps. Quelques notes sur l’interprétation du pouls par le médecin Hérophile » de J.-M. Pigeaud dans « Bulletin de l’Association Guillaume Budé ». 

Enfin, mes connaissances sur l’architecture des églises et des châteaux à motte, ancêtres des châteaux fort, ont été nourries par des visites de divers châteaux en Dordogne et des documentaires. Là-bas, j’ai pu me fournir certains ouvrages comme « Dictionnaire d’Architecture » et « Les plantes du jardin médiéval » publiés à Gisserot Patrimoine.

4.  Neven et Styr sont des personnages très différents. Comment
avez-vous développé leurs histoires et leurs personnalités ?

Neven et Styr ont été construits en miroir. 

En effet, cette saga a été pensée pour illustrer la rencontre mais surtout le choc des cultures à travers leur relation. Il fallait donc qu’ils soient opposés symétriquement l’un de l’autre. De cette manière, Neven et Styr se rapprochent en sacrifiant de façon égale une part de leur vision du monde.  La symétrie s’installe ensuite par l’ajout de nuances : Styr est à l’origine un enfant sensible et maladroit, et Neven peine à étouffer sa curiosité insatiable qui va contre sa foi.

Ses « défauts » permettent une marge de manœuvre sur laquelle vont se reposer les fondations de leur relation. De plus, leurs personnalités, plutôt en désaccord avec leur propre culture, leur offrent une expérience commune : tous les deux luttent pour être acceptés dans leur communauté et enfin faire parti d’un tout.

Chacun à sa manière toutefois. Si Styr enferme ses difficultés et se façonne un masque de drengr dur et redoutable, Neven joue avec les règles pour mieux les contourner et trouver un terrain d’entente entre sa soif de connaissance et l’abnégation de sa foi.

5.  Quels aspects de la culture viking et de la vie en Neustrie
avez-vous trouvés les plus fascinants à explorer à travers ces
personnages ?

La culture viking m’a surtout fasciné pour cette notion d’honneur qui est enracinée partout où on porte le regard. Par certains égards, l’honneur viking pourrait être assimilé à notre vision moderne de « mérite ».

Il est évident aux yeux de tous les Vikings que Styr est un drengr un peu particulier. Il est sensible, respecte la volonté d’autrui, même celle des esclaves. Son code d’honneur de drengr est en partie la cause certes, mais Styr est d’un naturel indulgent, humain. De grandes peurs le rongent et personne ne l’ignore parmi les Vikings. Pourtant, on le respecte pour ses exploits et très peu cherche réellement à le défier.

J’ai apprécié d’autant plus le contraste avec la mentalité franque. Si les Scandinaves croient au mérite, les Francs croient au droit de naissance. Pour eux, leur place est là où ils sont nés. Voilà pourquoi Neven ne perçoit qu’un seul avenir : celui de l’Église. Elle s’acharne donc à coller aux codes de la vie religieuse.

6.  Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de leur lecture, en
particulier en ce qui concerne les rencontres entre cultures
différentes et la quête d’identité ?

Ce roman a pour but de proposer un récit humaniste en filigrane de l’aventure et de la romance. Malgré les différences de cultures, malgré les différences de croyances, deux personnes qui ont vécu des expériences plus ou moins similaires peuvent se lier et façonner un avenir plus complexe et riche pour un ensemble de communautés.

De plus, j’ai voulu offrir un personnage féminin qui, en dépit du contexte de l’époque, travaille activement pour son indépendance et son apport à la société. De même, Styr est un personnage masculin considéré comme viril mais sensible et attentif, qui se donne le droit à l’erreur.

7.  Quels défis avez-vous rencontrés en décrivant les aspects
religieux et médicaux de la vie au Xe siècle ?

Décrire les aspects médicaux au Xème siècle a été un véritable défi. Étonnamment, la médecine de l’époque était déjà très évoluée. La différence toutefois extrêmement notable entre notre médecine actuelle et celle du Xème siècle était le manque de compréhension du corps humain. Les soins étaient donc réalisés par rapport à des données empiriques.

Quant à l’aspect religieux, étant non croyante, cela m’a demandé de me projeter dans une vision que je ne partage pas forcément. Pour cela, je me suis appuyée sur de nombreuses œuvres, surtout provenant de la littérature, où la religion a un grand impact. Pour autant, je n’ai pas ressenti de difficulté particulière car, après tout, la culture française actuelle comporte encore de forts principes judéo-chrétiens.

Toutefois, pour apporter un peu de nuances, la complexité a plutôt résidé dans la description d’un prieuré féminin. En effet, la représentation des communautés de religieuses est très mince par rapport à celle des communautés masculines.

8.  En tant qu’auteure, comment ce projet a-t-il influencé votre
propre vision de l’époque médiévale et des raids vikings ?

Ce projet m’a permis d’affiner mes connaissances sur l’époque médiévale. Le Haut Moyen-Âge et le Bas Moyen-Âge sont très différents et se concentrer sur une période charnière, où l’héritage romain s’efface pour laisser place à l’ère des cathédrales, est très intéressant.

Quant aux raids vikings, il s’agit d’un sujet trop peu abordé dans l’Histoire de France. Dans certains lieux particuliers, comme la Dordogne, la Normandie ou la Bourgogne, il est parfois mentionné en l’espace d’une ou deux lignes. Pourtant, elle fait partie intégrante de notre Histoire et a participé grandement à l’identité française actuelle. En effet, ne l’oublions pas, les « Normands » de l’époque ont aussi été les conquérants de l’Angleterre un siècle plus tard et donc à l’origine de nos relations houleuses avec les Anglais !

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